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Greg Frite : "Je voulais faire une photographie de l'époque actuelle" (Interview)

Greg Frite : "Je voulais faire une photographie de l'époque actuelle" (Interview)
Hinde / Non Stop People
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Greg Frite fait de la musique depuis presque 20 ans. Ce génie des mots a accordé une interview en exclusivité à Non Stop People dans laquelle il revient sur la conception de son nouvel album, "Les Gros Mots de Greg Frite", sur ses envies de faire réfléchir le public mais également par son passage dans Le Before de Canal + animé par Thomas Thouroude. Interview.

NSP : « Les Gros Mots de Greg Frite » est disponible depuis luni 27 octobre. La conception de l'album est venue après l'émission "Le Before" ou pendant la saison ?

Greg Frite : A aucun moment de la saison, si ce n’est à la fin, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse un album. C’est vraiment fin mai, début juin, juste avant de faire le dernier morceau qui était « Before » que je me suis dit que c’était peut-être pertinent. Dans le sens où j’ai eu beaucoup de retour de ma petite communauté et du public qui me disaient ‘ce serait bien que tu fasses un disque pour qu’on puisse l’écouter en boucle’. Pour le coup je ne suis pas mécontent de l’avoir fait. Je suis entré en studio en juillet pour l’enregistrer. Et tout est allé très vite.

NSP : Dans cet album, vous prenez un terme, un thème que vous décortiquez. Est-ce que c’est plus simple de travailler ainsi ?

GF : Non en réalité ça part du même principe. J’ai toujours conçu des morceaux comme ça. On trouve un angle d’attaque et hop on y va.

NSP : Ce qui marque le plus, c’est que votre flow change d’une musique à l’autre. Vos intonations de voix, où la rapidité varient par exemple dans Quadra / Franglais ou encore Selfie. Est-ce pour marquer les différents thèmes ?

GF : En tant qu’auditeur, je suis assez vite lassé d’un type de flow ou d’une manière de chanter. J’ai énormément de mal à écouter un album d’un artiste en entier. A un moment, je vais décrocher. Donc, j’ai développé cette envie, ce besoin et cette capacité à changer de flow assez régulièrement toutes les deux ou quatre mesures. En fonction du thème aussi. Pour donner un peu de relief en plus du texte. Il y a des morceaux, le parti pris est plus sur la forme, d’autres sur le fond. Si j’estime qu’il y a un texte qui ne se prête pas au changement de flow comme sur le morceau « Môme » qui est biographique, là ça ne s’y prêtait pas. Il y a toujours un petit artifice. Garder le même flow tout le temps, je ne peux pas, ça me lasse vraiment.

NSP : Dans l’album il y a plusieurs collaborations, notamment une avec Nekfeu. Comment est né ce duo ?

GF : On se connaît depuis un petit moment. On a déjà fait un featuring ensemble. On s’est rencontré, j’ai trouvé que c’était un mec qui avait vraiment la classe. Ce n’est pas un jeune fou écervelé. Il a une vision, il est fidèle en amitié. A chaque fois qu’on se voit c’est vraiment très cool. On s’est vu cet été en Corse, on s’est vu dernièrement pour le clip de Twerk. Il se prête toujours volontiers à l’exercice.

NSP : Il y a d’autres duos dans  ton album, comme avec Seth Gueko. Vous revenez notamment sur les clichés sur les Roms. C’était un thème important à traiter ?

GF : Disons qu’au moment où on l’a fait, c’était en une de tous les journaux. Il y a une sorte de facilité des médias, à enfoncer des portes ouvertes quand ils n’ont rien à vendre. La liberté de la presse est un peu galvaudée dans le sens où ils doivent absolument rendre un contenu tous les jours. Ils vont créer des polémiques. Et là, en l’occurrence j’en avais assez d’en entendre parler. Du coup j’ai eu Seth Gueko, et il m’a dit ‘Moi la politique je n’aime pas ça’. En plus Roms / Gitans, l’amalgame entre ces populations. Pour moi c’était la bonne personne pour parler de ça. Et j’ai voulu faire ça comme une discussion. Il a joué le jeu admirablement, et je le remercie encore.

NSP : Donc, vous faites un rap conscient ?

GF : Pour moi la musique, c’est un amusement. Je me suis rendu compte que j’avais une facilité à mettre les phrases en rimes et en rythme. Après que ce soit ludique, conscient… Avec Triptik on était alternatif. On m’a dit rap positif… Finalement je pense que le role d’un MC, d’un artiste c’est de faire en sorte que les gens qui lisent ou écoutent se retrouvent dans ce qui est dit. Je condense juste ma vie en musique. La vie c’est l’amour, la haine, la guerre…

Une évolution constante en 20 ans de carrière

NSP : 20 ans de carrière… Est-ce que vous faites partie des gens qui pensent que le rap c’était mieux avant ?

GF : Non, à chaque époque son rap et son courant musical prédominant. Les années 2000 c’était le rap dur, street crédibilité. Depuis 2010, avec  1995, L’Entourage, les Rap Contenders c’est un peu plus des jeux de mots, du rap plus littéraire avec des musiques moins dures. Et en même temps en parallèle, il y a le trap music à la française qui arrive aussi. Ça change, il y a des périodes c’est comme la peinture… On ne peut pas dire objectivement que c’était mieux avant.

NSP : Comment évoluez-vous dans la musique en 20 ans ? Votre musique change au fil des années ?

GF : Comme je me plais à le dire, le rap c’est un prétexte pour faire de la musique. A partir de ça, je me vois mal faire du rap toute ma vie. Maintenant l’écriture c’est devenu un besoin. J’ai pas mal développé plein de concepts plus musicaux chez moi en maquette. J’ai été au bout des choses. Mais oui, fatalement ça évolue. Quand j’étais jeune, je ne parlais pas de mon statut de papa, maintenant j’en parle volontiers.

NSP : Quel était le but de votre album ?

GF : J’ai essayé de faire une photographie de l’époque actuelle. Je ne sais pas, ça aura une quelconque qualité pour les générations futures… Mais du coup je suis sollicité par des instituts comme le Musée du Quai Branly, le centre George Pompidou, même le Bescherelle. Je suis assez content de tout ça. La volonté que j’ai c’est d’être écouté. Et de ne pas heurter l’oreille des personnes qui m’écoutent. Et qu’il ait un maximum de sens de lecture.

NSP : Est-ce qu’avec Le Before votre public s’est diversifié ?

GF : Oui et j’en suis très content. Quand je faisais Triptik, notre public nous ressemblait vraiment. J’avais 25 ans, on faisait des concerts, j’avais des gens de 25 ans en face de moi, à fond dans la culture américaine. Maintenant, c’est plus étalé. Il y a autant des gamins de dix ans que la boulangère du coin qui va me reconnaître. C’est quelque chose que j’aimerais entretenir. Je n’ai pas envie que des personnes se sentent exclues.

NSP : Les clashs entre rappeurs, les mauvais côtés du Hip-Hop, c’est quelque chose que vous fuyez ?

GF : Oui, j’aspire plutôt à créer mon mouvement et me détacher de cette théâtralité ou de ce protocole. Il faut avoir une attitude, un discours… Quand certaines personnes me disent ‘je t’ai entendu en interview, mais en fait tu sais parler’. Oui, mon boulot c’est d’utiliser les mots donc si je ne sais pas le faire sans erreur, ça ne peut pas le faire. Moi, il y a tout un folklore qui ne me convient plus. Je ne sais pas si c’est l’âge ou comment j’ai évolué. Je ne suis pas sûr que ce côté du rap théâtral serve à quelque chose. Ça ne sert ni aux artistes, ni aux auditeurs.

Des nouveaux projets avec Canal ?

NSP : Un dernier mot sur votre album ?

GF : J’aimerais que les gens écoutent. Je suis vraiment content d’avoir fait cet album. Je l’ai fait sur mon label. J’ai une vision, je n’ai pas d’ambition démesurée. Je veux par-dessus tout de la liberté. Par exemple sortir un album quand je veux, dire ce que je souhaite dans mes textes sur les musiques que j’ai choisies, la forme que je veux. Encore une fois, je prends conscience tous les jours de la chance que j’ai d’avoir trouvé mon épanouissement. J’ai la chance maintenant d’avoir des portes ouvertes chez Canal +.

NSP : Donc on vous retrouvera bientôt sur Canal + ?

GF : L’année dernière le rythme était très soutenu dans Le Before. Pour la première fois de ma vie, j’avais l’obligation du rendu toutes les semaines. Je n’avais plus de temps pour moi. Je voulais lever un peu le pied. Continuer à avoir des bonnes relations avec Le Before et Canal + et faire quelques coups. Mon prochain projet c’est un morceau avec le PalmaShow pour les 30 ans de Canal. En fonction de ce qui va me motiver, je vais apparaître un peu quand je veux. Principalement dans Le Before, parce que c’est ma famille finalement. Ils m’ont laissé carte blanche tout le temps. J’ai eu beaucoup de chance. Et j’ai développé trois concepts pour la télévision, que je proposerai à Canal + en premier lieu.

L’album de Greg Frite « Les Gros Mots de Greg Frite » est disponible depuis le 27 octobre 2014.

 

Par H M

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  • 10 déc Gad Elmaleh @gadelmaleh

    RT @lansonneur17: Quand t'es à l'hôpital et qu'on tente de te remonter le moral @kevadamsss et @gadelmaleh toujours avec moi ! Merci @KA_pu…

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  • 10 déc Jamel Debbouze @DebbouzeJamel

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  • 10 déc Cyril Hanouna @Cyrilhanouna

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