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Jarod - Caméléon : "Avant on faisait du rap pour dire des choses, pas pour percer" (EXCLU)

Jarod - Caméléon : "Avant on faisait du rap pour dire des choses, pas pour percer" (EXCLU)
Ya rien NADIR
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Dans cette seconde partie d'interview, Jarod est revenu sur son envie de faire un album qui s'adresse à un public plus large. A quelques jours de la sortie de son deuxième album intitulé "Caméléon", Jarod se confie sans tabou sur ses ressentis, sa vision du rap mais également des artistes comme Jul, PNL ou encore MHD.

NSP : Dans une interview accordée à Noisey, vous expliquiez que la musique, c’était par passion et pas forcément par recherche de notoriété ou d’argent…

Jarod : Bien sûr, je veux en vivre dans le sens où je suis producteur et il faut que j’arrive à en faire un truc rentable. Jusqu’ici ça va, je m’en sors. Maintenant j’ai envie de passer un cap, d’être entendu par plus de monde, que ce soit rentable et que j’agrandisse ma structure pour pouvoir aller encore plus loin dans la musique. Mais je ne veux pas faire de l’argent forcément. Bien sûr, j’aimerais mettre à l’abri ma famille et faire un peu d’argent pour moi, ça c’est sûr. Mais plus pour pouvoir remettre dans la musique pour faire de plus grandes choses parce que c’est ma passion avant tout. Après il faut que les gens comprennent aussi que tu as besoin de rentabiliser ta passion sinon tu pourras plus rien faire. Je le vends pour pouvoir continuer à en faire et vivre aussi. Parce que tu ne peux pas être autant impliqué que je suis dans la musique et faire un autre travail alimentaire à côté, je pense. A un certain niveau d’implication tu ne peux pas. Donc t’es obligé de rendre rentable ce que tu fais.

NSP : En écoutant l’album, un message ressort. Il s’agit de "J’ai pu faire des bêtises, mais au fond je ne suis pas une mauvaise personne". C’est ce que vous vouliez transmettre ?

Jarod : Mauvais ou pas, j’ai toujours du mal. Je pense que j’ai un bon fond, j’ose espérer en tout cas. Tu ne sais jamais vraiment. Parfois tu fais du mal sans t’en rendre compte. Parfois, le recul sur soi-même ce n’est pas évident. Dieu merci, si tu t’entoures bien, les gens vont te dire les choses. L’album c’est : moi, je ne veux pas faire de mal ça c’est le but. Après si j’en fais ou pas, c’est délicat. J’estime que depuis quelques années je suis plus clean qu’avant. C’est parce que j’étais plus jeune et j’avais de la haine à déverser sur le monde. Maintenant j’ai réglé ça. Mais quand t’as baigné pendant des années dans un milieu où tu fréquentes des gens qui ont commis des crimes, et que tu les fréquentes toujours, bien que tu connaisses d’autres personnes, t’es toujours entre les deux. Tu as toujours peur de glisser. Tous les jours, c’est un combat. Ça aussi ça se ressent dans l’album, il y a des morceaux un peu gamin parce que c’est une partie de nous et ce sont des choses qu’on aime. On est comme ça.

NSP : Comment avez-vous travaillé cet album ?

Jarod : J’enregistre tout le temps, mais je ne me dis pas c’est pour un album ou pour une mixtape. J’enregistre assez régulièrement comme je sais qu’il y a des trucs à sortir. C’est mon travail maintenant, j’essaye de sortir régulièrement des projets. Par exemple les titres « Building » et « Vibe », ce sont des morceaux qui ont été enregistrés il y a trois ans déjà. En fait j’enregistre tout le temps, après je compile. Sur cet album, 70% des titres je les ai enregistrés en trois mois. J’ai eu plusieurs galères, j’ai changé de studio, je me suis fait escroquer…

NSP : Décidément ça vous arrive souvent !

Jarod : Je suis trop gentil en vrai, je suis naïf. Et mon pote Nervous me le dit tout le temps. Alors que pourtant, il m’en est arrivé des choses. Parfois je vois clair, mais j’ai trop envie d’être gentil, de faire confiance aux gens. Si je veux être méchant, je peux, je sais l’être. Mais j’ai tendance à être trop gentil. Même ma manageuse c’est pareil. Alors Juliette je ne t’en parle pas. On est une équipe de gentils, une équipe de nounours.

"Quand tu es artiste, il faut toucher le coeur du public"

NSP : Comment vous sentez-vous dans l’industrie musicale en France ? Qu’est-ce qu’elle représente ?

Jarod : Il y a beaucoup de cases. Mais il y a deux gros indépendants qui ont explosé, PNL et Jul. Ça, ça tue. Ils sont arrivés avec des styles à eux. C’est ce que j’aime, quand tu arrives avec quelque chose à toi vraiment. Pas comme les autres artistes. Je peux écouter mais ça ne me touche pas. Parce que c’est la copie d’une copie… Il y a des artistes que j’aime bien quand même qui sont en maison de disques. Nekfeu j’aime bien. Il a ramené un truc assez original. Il y en a quand même après hors rap en France, ce n’est pas top en vrai. Hors rap en France, il ne se passe pas grand-chose. Le renouveau est dans le rap. Il se passe plein de choses. Après j’aimerais faire bouger les mentalités. Mais c’est le problème en France et c’est peut-être lié à la politique. Je commence à avoir une petite rancœur envers la politique, et je le dis même dans l’album. Parce que je trouve que ce sont des gens complètement irresponsables qui sont en train de jouer avec des vies. Je veux bien qu’ils défendent leurs idées, mais ce ne sont que tes idées. Tu n’as peut-être pas raison. Mais je pense qu’ils sont frustrés car ils n’ont pas pu accéder au pouvoir pendant longtemps et là ils arrivent "c’est nous". Derrière, regarde leur impopularité, c’est incroyable. Je pense que ça fait beaucoup de mal au pays et aux gens qui y vivent. Ça me donne limite envie de quitter la France. Il y a trop d’intolérance, et l’album Caméléon c’est le contraire de ça. On vous accepte tous, même si on n’aime pas. Parce qu’aujourd’hui on veut trop faire croire qu’on est dans la tolérance, dans la liberté d’expression, "Je suis Charlie"… Moi j’ai du mal avec ça parce que ce n’est pas vrai. Vous vendez ça mais ce n’est pas vrai car il y a des gens que vous n’acceptez pas, avec qui vous ne voulez même pas discuter. Moi j’estime qu’il faut discuter avec tout le monde. En fait si vous parlez de liberté d’expression, on doit pouvoir essayer de comprendre tout le monde, dans la logique. Et je pense que ce n’est pas en tapant sur les gens que tu vas les rendre meilleurs, au contraire. Au final, ça n’amène que du mal. Effectivement il y a des personnes avec qui tu ne peux pas dialoguer, mais ils n’ont même pas essayé. Si tu ne rentres pas dans le moule, t’es un traitre. Et je ne vois pas le monde comme ça. Et si j’arrive à faire prendre conscience aux gens avec cet album, je ne sais pas. Ce n’est pas mon fort, mais j’aimerais bien que ça change et j’espère que je pourrais aider à ce changement. Et c’est un peu pareil dans le rap au final.

NSP : Vous évoquiez PNL et Jul qui ont deux styles vraiment à eux. Aujourd’hui, pour percer dans le rap, il faut forcément se démarquer ?

Jarod : Il y a MHD dernièrement aussi. Mais non pas forcément, je pense qu’il faut juste que le truc soit fort, que tu touches les gens. Je pense que c’est comme ça quand t’es artiste, il faut toucher le cœur des gens. Après si t’as un style complètement nouveau, je pense que tu iras encore plus loin. Mais si tu touches le cœur des gens avec un style assez basique, ça marche. Je pense que Jul, il a touché le cœur des gens. Même si c’était un peu spécial et nouveau, quand t’écoutes les prods, ce n’est pas forcément poussé. C’est assez basique et simpliste. C’est fort en fait. Faut dégager un truc fort et être compris. Jul, il a mis un certain temps avant d’être compris, comme PNL. Mais ce sont des gars qui sont dans la musique depuis longtemps. Un peu comme moi. Sauf que moi je suis arrivé avec l’étiquette Wati B au début. Si j’avais été en indé dès le début, ça aurait sûrement fait comme PNL, en sous-marin qui galère et puis un beau jour peut-être on l’entend à la radio ou à la télé.

NSP : C’était un poids en plus sur vos épaules ?

Jarod : Oui, et le pire c’est qu’après ça m’a complètement desservi au final. Puisque quand j’ai repris en indé, je suis passé pour le loser qui s’est fait virer du label. Alors que ce n’était même pas le cas, c’était mon choix. Mais les gens ne cherchent même pas à comprendre. Tu ne peux pas quitter Wati B pour eux. Pour les gens, il faut que tu sois là où ça brille. Justement, moi je préfère rester dans mon trou. Demain si ça brille, ce sera grâce à moi.

"Un album c'est un peu comme une thérapie"

NSP : Sur l’album on retrouve 18 morceaux…

Jarod : Oui, sur le précédent il y en avait également 18. Je fais souvent des gros albums. Surtout que le précédent est sorti en novembre 2014. Ça fait un peu plus d’un an, même si j’ai envoyé quelques morceaux entre temps, mon public c’est des gros consommateurs de musique. Même moi quand j’achète un album, je veux qu’il y ait beaucoup de morceaux dessus. Après si l’album tue avec 12 titres, c’est bien aussi. Mais j’avais tellement de trucs à dire que si j’avais pu j’en aurais mis 25. Je n’ai pas mis de morceau un peu caribéen, des titres un peu plus jazz que j’aurais aimé mettre.

NSP : Vous vous révélez beaucoup dans l’album, vous évoquez votre passage en prison…

Jarod : Oui… C’est un peu comme une thérapie, un album. C’est une psychanalyse. Toi-même en te réécoutant, tu te dis ‘j’ai fait une bonne analyse là’, ça aide. Au-delà du but commercial qu’il a, moi ça m’aide, ça me fait évoluer et ça me fait grandir. Je ne me limite pas, je ne m’interdis rien. J’estime que lorsque tu es artiste, tu ne dois pas avoir de sujets tabous.

NSP : Vous évoquez aussi votre famille. Comment votre entourage a pris le fait que vous souhaitiez faire de la musique ?

Jarod : Il n’y avait que mon père qui le savait, car je ne vivais pas avec ma mère. Mon père m’a surpris deux, trois fois. Mes petits frères lui ont dit que je faisais du rap. Mon père m’a demandé si je faisais de la musique, il m’a dit ‘laisse tomber, tu ne touches pas une bille’. Quand il a vu que j’étais vraiment déterminé, il m’a dit ‘s’il y a moyen de faire un billet vas y, mais dis-moi quand il y a des cd, j’ai un ami à BeurFM’. Moi je ne le calculais pas, je ne voulais pas percer. C’est une mentalité très récente de faire du rap pour percer. Avant on faisait du rap pour dire des choses. Je pense que c’est depuis Youtube… Ca a beaucoup changé en quelques années.

Première partie de l'interview de Jarod à retrouver ici

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